Instagram en concert

Discussion #1 : Peut-on utiliser sainement Instagram ?

Une question plus ou moins importante qui se balade dans mon esprit et sur laquelle je souhaite réfléchir publiquement.

Instagram est le réseau social que je vois s’afficher sur le plus de smartphones autour de moi. Que ce soit dans les transports en commun aussi bien que dans les conversations qu’il peut générer, Instagram a su s’imposer comme le réseau social de prédilection des 20-35 ans.

Il y a 4 ans, Instagram me nourrissait. Je trouvais inspiration et conseils en observant le quotidien de personnes qu’on ne nommait pas encore influenceurs.ceuses. Puis, plusieurs mois plus tard, un certain malaise a commencé à m’envahir. Plus je cherchais des idées pour me faire à manger, m’habiller ou dégotter de nouvelles adresses, plus je passais du temps devant un écran à me nourrir de la vie des autres. Mes listes de « choses à faire » s’allongeaient et je devenais de plus en plus critique sur mon quotidien à moi qui n’était pas aussi riche. Je ne réussissais pas à reproduire ce que j’admirais tant à l’écran. Mon appartement n’était jamais aussi rangé, ma salade jamais aussi colorée et je ne parvenais pas à me réveiller à 6h du matin pour aller courir.

Alors que la vie des autres me faisait oublier de me sentir bien dans la mienne, j’ai décidé, en quittant mon ancien job, de me désabonner de l’ensemble des comptes que je suivais, sans exception. Instagram n’avait pas pris une place assez importante dans ma vie pour que j’y partage tous mes repas et autres moments de joie. Néanmoins, consacrer du temps à scroller pour chercher l’inspiration revenait finalement à ne pas en consacrer à ce que moi j’aimais vraiment.

Aujourd’hui, je travaille au quotidien sur Instagram pour y promouvoir des livres. J’ai dû poster 2 photos cette année sur mon compte personnel et je ne suis toujours personne. Pourtant des idées de nouveaux comptes que j’aimerais créer me traversent l’esprit au quotidien. Rien que pour Le Photophore, je me demande souvent si je ne devrais pas m’appuyer sur Instagram pour le promouvoir. Mais voilà, une gêne quant à la place que peut prendre cet outil est toujours présente et la crainte de donner de mon temps libre à scroller m’angoisse. Je ne veux pas vivre par procuration. C’est pour cette raison que j’aimerais profiter de ce blog, de ce lieu d’expression libre pour partager mon ressenti quant à ce réseau. J’ai besoin d’essayer de décrire ce que j’aime et ce qui me dérange plus.


Une plateforme où fourmillent les artistes, les projets innovants et les alternatives.

En fonction de ce qu’on y fait, Instagram peut s’avérer une source riche de découvertes. Les artistes en tout genre s’y côtoient offrant à leurs abonnés un véritable musée de poche. Illustration, graphisme, aquarelle, photographie, tatouage, décoration, sérigraphie, il est impossible de dresser la liste des techniques artistiques présentes sur Instagram. N’importe qui peut créer son compte, partager son travail, et se faire connaître auprès d’une communauté d’1 milliard d’utilisateurs. Cela fait rêver et ouvre le champ des possibles.

Engagées cette fois, de nombreuses pages telles que @tasjoui ou @jemenbatsleclito qui chacune environne les 400k abonnés, sont nées ces dernières années. Là où Instagram se limitait à présenter des vies propettes et peu engagées, on aperçoit désormais tout un tas de mouvements militants et alternatifs éclore sur la plateforme. A côté d’une femme maigre déployant des techniques pour remonter le fessier, on peut apercevoir des illustrations radicales mettant en avant du sang et des poils sur des corps tout en rondeur. Des comptes dénoncent sans relâche et mettent de la radicalité là où il y en avait le plus besoin.

Enfin, des courants très forts tels que #bookstagram promeuvent la culture et donnent de la visibilité à des objets culturels. Alors que la lecture flanche devant les écrans, mettre du livre à l’écran permet sans aucun doute de participer à la diffusion de la culture livresque et cinéphile.

Cependant, en se promenant sur #bookstagram ou #livrestagram j’ai certes envie de lire mais j’ai avant tout envie de m’acheter un nombre de livres pas très raisonnable. En effet, un schéma consumériste se met rapidement en place devant le prolifération de l’offre. Pour espérer être visible sur Instagram, il faut poster quasiment tous les jours. Or, je me demande, peut-on lire en conscience un livre par jour tout en travaillant à temps plein à côté ? La question se pose. Pour ma part, au moment où j’ai voulu promouvoir LePhotophore sur Instagram je me suis aperçue que mon rapport à la lecture se voyait changée. Je devais lire une pile et bien que mon plaisir restait inchangé, je sais que je le faisais avec moins de conviction. Je prenais moins le temps de lire trois fois une phrase pour la simple beauté du geste. J’aime, je n’aime pas, une fois l’avis défini, hop je passais à la prochaine lecture. 

Instagram est pensé comme un support publicitaire.

Instagram a été pensé par une équipe très douée de webdesigners dont les intentions sont principalement de nous maintenir le plus longtemps connectés. Comment ont-ils fait ? En s’inspirant des machines à sous (bruitage et notifications) et en créant un fil d’actualités dont nous ne pouvons pas vraiment atteindre la fin, les réseaux sociaux en général et Instagram en particulier rendent accro. Cette dépendance qu’on veut ignorer est pourtant bien présente. Pour ma part, combien de fois je me suis vue fermer l’application pour la réouvrir 5 secondes après ? Combien de fois je me suis vue lever les yeux avec la sensation d’avoir passé 1h dans un univers parallèle ? Combien de fois je me suis dit « 5 petites minutes » et cela se transformait en 30 ? Je ne sais pas vous, mais cela ressemble à une addiction. Le terme peut paraître fort et sans doute que les dangers pour ma santé ne sont pas les mêmes que la clope, mais il s’agit tout de même d’addiction.

Ensuite, l’algorithme d’Instagram est opaque et Facebook, le proprio, n’a pas vraiment une obligation légale de transparence. Malgré la récente amende qu’ils se sont prises, leur business model ne semble pas avoir été remis en question.
Ainsi, sans trop savoir comment, la plateforme me montre les posts avec lesquels je suis le plus susceptible d’interagir (ou de cliquer dans le cas d’Instagram Shopping). Jusqu’ici pourquoi pas. Sauf que, c’est aussi de cette façon qu’Instagram se rémunère. Donc, si une entreprise ou une star ou un parti politique a plus de sous qu’un.e autre, c’est aussi leurs contenus qui vont remonter en priorité dans votre profil. Les posts sponsorisés sont certes indiqués mais je ne suis pas sûre que nous soyons toujours capables de distinguer ce qui est publicitaire de ce qu’il ne l’est pas. C’est d’ailleurs ainsi qu’un.e influenceur.euse se rémunère. En apercevant juste une photo dans notre fil, il n’est pas toujours évident que le sèche-cheveux qu’elle est en train d’utiliser est en fait un placement de produit. Dans mon expérience, la frontière est tellement fine que je suis sûre de m’être déjà faite avoir.

Enfin, et c’est sans doute ce point là qui crée le plus un malaise au fond de moi, sous couvert de nous inspirer, nous reproduisons tous à l’identique les tendances présentes sur Instagram. Si je m’inspire de la tenue vestimentaire d’une influenceuse qui a 100k abonnés, nous devenons finalement des clones. Voilà ma crainte. Non pas que je cherche à fuir les modes. Les modes sont d’une grande pertinence pour comprendre une époque et ses enjeux. Mais s’habiller de la même façon, dîner dans les mêmes restaurants et acheter les mêmes meubles scandinaves, me semblent être de réels dangers socio-culturels. Ce qui est bon pour une influenceuse ne l’est pas forcément pour moi. Faire croire qu’il y a qu’une seule façon de consommer c’est balayer d’un revers de la main la grande diversité de l’espèce humaine.

Pour conclure sur cette réflexion du jour : 

Tout d’abord cela m’a fait un bien fou d’arriver à mettre des mots sur une application qui semble faire l’unanimité (en tout cas dans ma génération). Mais maintenant que j’ai posé les pros et cons, que dire ?

Il me semble important de se rappeler qu’il ne s’agit pas d’une application gratuite. Elle n’est pas associative et la maison mère Facebook génère un bénéfice colossal. Comprendre que je donne quelque chose en échange de ma navigation et que ce quelque chose est opaque me laisse, pour ma part, très perplexe.

Ensuite, en fonction de l’utilisation que nous en faisons, il est tout à fait possible de contrer la machine en postant des images plus ou moins radicales. (Pour ceux dont le mot radical refroidit, je rappelle qu’il signifie seulement « prendre à la racine, qui vise à agir sur la cause profonde de ce que l’on veut modifier ». Ce mot n’implique pas de violence). Réinvestir ce média pour ne pas y montrer que des bols de quinoa, des corps d’athlètes et des plages privatisées, c’est plutôt positif. Cela offre une visibilité de taille à n’importe quel combat (La Manif pour Tous, vous repasserez).

Partager le moindre moment de sa vie trop cool a, je pense, des conséquences sur la façon dont nous vivons. Si tu finis ton repas en te demandant combien de likes ton burger a eu, l’expérience vécue n’est pas la même.

Puis, être conscient du temps que nous accordons à cette plateforme semble également super pertinent. Pour ma part, cela a été un des premiers signaux d’alerte. A partir du moment où tu passes plus de temps à admirer les vies d’autrui et ton nombre de likes plutôt qu’à créer, dessiner, écrire, marcher, courir, rire, il faut se questionner.

Enfin, Instagram est-il vraiment une source d’inspiration ? Je l’ignore. Les réseaux sociaux sont accusés de nous voler notre temps libre, notre concentration et notre créativité. Je pense qu’il s’agit donc plutôt d’une source de consommation. Il faut se rappeler qu’il s’agit d’une entreprise privée, qui doit générer du profit pour (sur)vivre. A la différence près que lorsque vous allez chez le fromager, vous savez comment il gagne sa vie. Avec Facebook/Instagram, c’est plus compliqué.

Je n’ai jamais autant écrit et dessiné que depuis que je ne vais plus sur Instagram. L’inspiration je la trouve au cinéma, dans les bouquins, au théâtre, en écoutant mes ami.es. Pour la (re)trouver, lève les yeux.


Et toi, qu’en penses-tu ? Quelle relation entretiens-tu avec les réseaux sociaux ? Suis-je la seule paumée ? Le Photophore mérite-t-il sa place sur Instagram ?

🥥 A bientôt 🥥

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